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Un vaillant coursier

vendredi 3 août 2012, par Picospin

Je transpirais de peur chaque fois que je devais partir en promenade avec cet animal qui manifestement sentait ma crainte, voire ma terreur devant la perspective de parcourir les forêts d’ile de France pendant plusieurs heures, y compris celles consacrées aux descentes de pentes abruptes bordées d’arbres dont les branches et les feuilles caressaient le sommet de mon crâne qui n’était pas encore dénudé à l’époque.

La dernière heure ?

Une fois, je croyais ma dernière heure arrivée lorsque mon coursier avait dévalé une pente raide, on eut dit de l’ordre de 10% pour les automobilistes qui, eux, sont équipés de freins à disque, plaquettes et mâchoires pour empêcher leur véhicule de se jeter contre la premier obstacle venu, fut-ce un barrage, un lac ou un tronc d’arbre malencontreusement jeté sur le parcours de la promenade équestre. Le cheval sentait ma peur par l’intermédiaire de mes phéromones secrétées en abondance moins pour attirer une femelle de mon espèce que pour extérioriser ma terreur. Cette dernière était directement transmise à ma monture dont l’état de nervosité augmentait à mesure que ma transpiration et les effluves qu’elle portait atteignirent les nasaux de l’animal d’autant plus affecté par ces transmissions secrètes qu’il y reconnaissait les signes évidents de la peur qu’il m’inspirait. Avant le départ des promenades dominicales en forêts de Rambouillet, Fontainebleau ou Port-Royal, nulle sélection n’intervenait de la part du maitre des lieux, cavalier en chef si je puis dire de nos ébats pervers hebdomadaires entre son domestique animal et mon âme tremblante, secouée par l’émotion d’avoir à parcourir de nombreux km avant qu’il ne consentit à rentrer au bercail, surmonté ou non de son cavalier d’occasion, tiré au hasard de la pensée magique et mystérieuse de son entraineur.

Les animaux, les hommes

On parle parfois – mais malheureusement peu fréquemment - du lien secret qui lie l’animal à l’homme. Sont-ils nombreux les gens qui prêtent la moindre attention à cette relation mystérieuse, aux mécanismes inconnus entre le premier qui sent, éprouve et se réjouit et craint avec le second qui cherche à dénouer les fils capricieux de ce mystère ? En tout cas, la réponse était plutôt négative au moment de me présenter devant l’organisateur de cette pantomime sportive qui cherchait moins à travailler sur les mécanismes intimes de la relation entre l’homme et l’animal qu’à se saisir du prix de l’escapade dans le but indéterminé de la réinvestir au service du monde équin au mieux, de la qualité de vie du premier au pire. Il ne serait venu à l’idée de personne de me présenter mon compagnon assigné et en guise de réciprocité, de faire de même avec ce dernier dans le but de lui faire sentir ma main, de lui parler pour le rassurer sur mes intentions et de m’approcher encore plus de sa tête pour lui témoigner mon affection afin qu’il manifeste la sienne à mon égard.

Préambules

Ce sont des préambules indispensables à une bonne coopération entre le cheval et son cavalier comme ils le sont dans toutes les circonstances où une relation de domination ou de crainte risque de se forger entre deux représentants d’une espèce vivante assemblée pour une collaboration, une relation affective ou sociale, sinon une coopération en vue d’une activité commune, partagée d’ordre téléologique. Cette méthode a tendance à se répandre dans le monde chaque fois qu’un modus vivendi, un vivre ensemble est indispensable à l’entente, à la programmation d’une action commune qui se doit d’être accomplie dans l’harmonie, la soumission alternée, les circonstances prévisibles d’un effacement indispensable à l’obtention d’un objectif commun. Cette loi est celle de la démocratie. Elle s’applique aussi à la coexistence pacifique exempte d’agressivité et d’agressions. Quand ces derniers phénomènes apparaissent dans un équilibre jusqu’alors dépourvu de heurts, la question de la dégradation des relations doit être posée au plus vite pour en éviter les conséquences les plus dramatiques, les plus meurtrières et les plus désavantageuses pour l’espèce.

Drames en Australie

Ne serait-ce pas le cas des drames survenus récemment près des côtes d’Australie entre des requins voraces et des surfeurs pacifiques, avalés de la tête aux pieds pour des raisons encore inconnues ? Lorsque les prémisses d’un projet sont appliquées selon ces principes et cette méthodologie, le cheval, l’âne, le chameau éventuellement portent leur charge sans rechigner, sans réticence et sans hostilité. Est-ce une négociation, une compréhension, une liberté assumée s’il est permis d’utiliser cette terminologie ? En tout cas, les ânes henniront, les chiens aboieront, les Chats miauleront dans un concert d’entente, de bonne compagnie et d’union pas plus que les chevaux jetteront leurs cavaliers dans le fossé ou n’effleureront les bottes contre les murs des manèges.