Ethique Info

Accueil > Revue de presse/web > Que choisir ?

Savoir lire ?

Que choisir ?

Du papier au silicium

mercredi 6 mai 2009, par Picospin

Est-ce bien de choix qu’il s’agit entre la lecture plus ou moins exhaustive d’un écrit sur support papier et celle d’une information directement reçue sur l’écran d’un ordinateur ?

Avantages et inconvénients

Cette dernière a l’avantage de la vitesse d’exécution et de réception, le contenu illimité de l’information et la possibilité d’intervenir à tout moment sur le texte pour en modifier le statut, le message et sa forme. On s’accorde actuellement à diagnostiquer la gravité d’une maladie dont serait atteinte la presse dans son ensemble, dans tous les horizons et tous les secteurs. Partout des titres meurent, emportés par l’infection fatale qui couche sur leur lit de mort un journalisme en voie d’extinction qui en serait aux soins palliatifs, c’est à dire au stade terminal d’une maladie grave à échéance rapidement mortelle. En ce cas, dit-on, il ne reste à faire que tout ce qui ne saurait être fait, depuis la prise de médicaments miracles jusqu’à l’accompagnement jusqu’à la fin de vie. C’est surtout dans les milieux favorisés, dans les pays riches que surviennent les disparitions attendues ou subites d’une presse qui se meurt alors que partout ailleurs, dans les pays en développement en particulier, cette dernière fleurit en même temps que se nouent les bouquets de muguet apportés religieusement et traditionnellement aux mères, fiancées, et autres représentantes d’un sexe dit faible dont la vigueur ne se dément plus depuis que les activités intellectuelles et sportives montrent chaque jour les prouesses exceptionnelles d’un genre condamné autrefois par la seule décision de l’homme – mâle à la passivité, à l’extinction et voué à la seule reproduction ce qui après tout n’est pas si mal, compte tenu de la grande qualité du produit fini ou qui ne cesse de s’élaborer jusqu’au stade final, ce bijou, fabriqué maintenant à plusieurs milliards d’exemplaires dans le monde qu’on appelle l’homme.

A minima ?

Pour prendre connaissance des informations, des renseignements contenus dans les morceaux de papier ou les circuits électroniques, un minimum de déchiffrage des caractères est requis. Cette condition indispensable n’est plus remplie par tout le monde, depuis que l’instituteur a déserté les campagnes, que les porte-plumes ont disparu des salles de classe, que les encriers ne tâchent plus les doigts des enfants, que la craie s’étale moins sur les tableaux noirs et que nul Topaze ne vient plus dicter les textes sacrés sur lesquels les maitres appuient les consonnes indispensables à une orthographe acceptable. La chute des tirages des journaux est devenue vertigineuse pendant que montent en vrille les coûts de fabrications des quotidiens comme des hebdomadaires dont le contenu colorié par les photos de l’intime excitent la curiosité des vieux qui lisent autant que auparavant et des jeunes qui ne le peuvent plus, faute de disposer des moyens minimum indispensables à prendre connaissance sinon à la perdre. Devant les frais disproportionnés de fabrication, de rédaction, de transport des journaux classiques, on s’est tourné délibérément vers le blog, cette nouvelle forme de transmission de la pensée même si elle ne contient plus beaucoup d’éléments de cette substance.

Amateurisme ?

En même temps, l’amateurisme a succédé au professionnalisme pour ce produit devenu « low cost » comme si on allait un jour remplacer dans les compagnies aériennes ainsi définies, les pilotes dûment diplômés par les écoles de l’air par des agents au sol ou des jardiniers strictement amateurs susceptibles de le remplacer un jour pour traverser l’Atlantique comme l’avait fait autrefois Saint-Exupéry au cours de ses promenades célèbres tout près des ciels de Mauritanie et des déserts d’Afrique. Désormais, les lois de l’offre et de la demande infléchissent la fabrication des tabloïdes sous le contrôle des grades fortunes désireuses de s’offrir les plus belles danseuses qu’on viendrait acheter dans les kiosques au lieu de les voir évoluer au sein des ballets Nijinski au Kirov. Des idées généreuses et puissamment égalitaires accompagnent ces passages à l’acte du papier au pixel sous le prétexte universellement approuvé d’un accès ouvert à la culture qui, comme l’enseignement et les soins se doivent d’être gratuits pour satisfaire au dogme de l’égalité des chances. C’est si vrai qu’un Ministre ou un Secrétaire d’État a été désigne pour remplir cette fonction et accomplir cette tâche. La gratuité dépasse le cadre du simple « low cost » pour envahir toute la presse et les organes d’information tant il est vrai que la seule publicité suffit à nourrir les hommes qui portent chaque jour ces messages dans les rues, les maisons, les cafés et le métro à travers les atmosphères jadis enfumées maintenant débarrassées de la pollution cancérigène mais encore parfumées par l’odeur et les saveurs devinées de l’arabica.

Questionnement éthique :

1. Comment les textes assument-ils leur support médiatique ?

2. D’autres médias servent-ils de relais aux écrits ?

3. S’est-on interrogé sur la reprise et l’exploitation plausibles du texte par les médias ?

4. Quels éléments pris dans l’actualité, la charge émotionnelle, l’importance pratique peuvent laisser prévoir qu’un tel écrit va pouvoir ou non constituer un évènement ?

5. Quelle place fait-il à la liberté d’expression et de communication ?