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Une coupe du monde sentimentale

Proust, tante Léonie et le football

Des rires et des pleurs

dimanche 4 juillet 2010, par Picospin

Au lieu de contempler la force et la puissance des athlètes c’est à un tout autre spectacle que nous fûmes conviés. Ce furent des joies indicibles, des danses du feu, de simples plaisirs d’être là.

Plaisir de la sélection

Cette propriété a été analysée avec une rare passion par les promoteurs de la biologie moderne dont Darwin et Herbert Spencer furent les représentants les plus actifs et les plus significatifs. C’est dans cette perspective qu’est attribué un rôle clé au plaisir dans l’adaptation face à la sélection naturelle. Les décharges spontanées d’énergie nerveuse provoquent des activités musculaires diffuses telles que les mouvements qui s’accompagnent de plaisir sont sélectivement renforcés alors que ceux qui provoquent des déplaisirs s’affaiblissent et disparaissent. Le plaisir peut être quantifié par des méthodes dérivées de la psychophysique. L’autostimulation produit des comportements élémentaires comme boire et manger contrairement à d’autres stimulations électriques d’autres structures du cerveau qui provoquent de l’aversion au lieu du plaisir. Il y a dans le cerveau neuronal, comme dans l’ordinateur d’une complexité sans modèle, un véritable cerveau hormonal qui modifie continuellement et partout dans toutes ses structures le fonctionnement du premier.

Des passions

Les passions considérées un moment comme des émotions ont été définies comme des états affectifs éruptifs, assujettis au temps et intellectualisés, sans que pour autant il soit légitime de les considérer comme des effets purement passifs de la présence de l’être au monde. C’est bien tous ces spectacles qu’il nous a été donné de voir sur les écrans de télévision, en direct au moment des triomphes, des coups du sort, des dysfonctionnements entre coéquipiers, des échecs trop souvent répétés, des coups d’accélérateurs ou des freinages et immobilités, voire immobilisme dont ont été victimes certains joueurs à l’inverse d’autres qui mus par la frénésie se déplaçaient à des vitesses supersoniques pour filer vers les buts adverses dans des élans qui provoquaient des culbutes, des sauts vers le ciel, des excentricités sans retenue. Leur origine avait été attribuée à ce pauvre ou impressionnant Descartes qui aurait chassé trop brutalement l’âme du corps qui de ce fait est devenue excessivement bruyante.

SDF

Ce qui n’a pas empêché les accusateurs de perversion de la pensée cartésienne de le tenir aussi responsable et comptable d’avoir attribué à des fonctions mentales des résidences cérébrales et régionales totalement incompatibles avec la thèse selon laquelle la pensée n’a pas de demeure fixe mais se comporterait plutôt comme une cohorte de SDF. Nous ne devions pas être étonnés dans ces conditions de voir apparaître devant nos yeux éberlués les manifestations émotionnelles de tous ceux qui plaçaient dans un simple jeu de ballon une affectivité, une culpabilité, voire une responsabilité hors de propos avec le déroulement d’une simple confrontation sportive qui allait largement au-delà de l’enjeu de pouvoir sur une sphère mais représentait symboliquement et viscéralement la vie, les souffrances, l’orgueil, la fierté sinon la dignité d’une nation qu’elle qu’en soit l’origine et la position géopolitique.

Joies et peines

C’est pourquoi les joies furent indescriptibles, les peines et souffrances insupportables, les effondrements spectaculaires et les résurrections instantanées à l’occasion d’un mouvement réussi ou d’un but marqué. C’est cela la vie du cerveau hormonal que Proust n’avait entrevu qu’à travers les rideaux tirés d’où il pouvait contempler avec une exquise lenteur les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour en me remplissant d’une essence précieuse. Le gout du morceau de madeleine trempé dans l’infusion de tilleul réactualise un état interne ancien, un stimulus surgi du passé avec un bien-être indicible ressuscite l’espace extra-corporel d’alors, la vieille maison grise sur la rue, la chambre de la tante Léonie. Quelle est la distance entre la madeleine et Thierry Henry ou Domenech ? Une rue à traverser, une assemblée à convaincre ?

Questionnement éthique :

1. Est-il exact que Spinoza considère toutes les passions comme des peines, des désirs ou des plaisirs ?

2. Y a-t-il dans cette définition la primauté du désir capable de déterminer les mouvements de l’appétit par lequel l’âme tâche de s’approcher du bien et de s’éloigner du mal ?

3. Est-ce que les passions asservissent l’homme et participent à son affranchissement des contraintes du milieu ?

4. Est-ce qu’Aristote et bien plus tard Descartes considèrent les passions comme une maladie ou au contraire comme une vertu et la base de l’expérience de l’être et la source de sa communication ?