Ethique Info

Accueil > Editorial : les riches moissons > Le retour de Pico Spin

Où s’était-il réfugié ?

Le retour de Pico Spin

A-t-il été malade ?

mercredi 26 novembre 2008, par Picospin

Une interruption aussi longue sans donner la moindre nouvelle risquait d’être angoissante pour ceux et celles qui l’aimaient bien, s’étaient attaché à ses idées, son style, ses critiques, sa conception de l’éthique, de la justice, de la droiture ou de la dignité.

Voyages d’exploration

Etait-il parti, était-il en voyage, avait-il suivi les traces de l’ethnologue Levi-Strauss dont on fête actuellement le 100è anniversaire, était-il allé voir les peuplades de l’Amazonie qu’il avait rencontrées lors de son premier séjour au Brésil en 1939, à un moment où en Europe, on se préparait à la guerre derrière les fortifications de la Ligne Maginot qui devait arrêter les troupes allemandes et les empêcher d’envahir le territoire français ? Pendant ce temps, notre ethnologue, un des premiers à avoir embrassé cette discipline, s’égayait sur le territoire des forêts amazoniennes, où il rencontra des hommes et des femmes presque nus, jouant à l’amour, heureux de vivre, goûtant aux joies des rencontres avec les animaux, avec une végétation luxuriante, nageant dans l’eau limpide, pêchant les poissons les plus étranges dans l’eau douce des étangs. C’est au Brésil, où il avait été nommé membre de la mission universitaire, enseignant à l’Université de São Paulo (1935-1938) 1935 à 1939, qu’il organise et dirige plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie qu’il a élu domicile pour une assez longue période. Il y traverse l’État du Mato Grosso, part de Cuiaba, une ancienne ville pionnière de chercheurs d’or, à bord de sa Ford 34, à partir de Diamantino, suit avec des chars à boeufs une ligne télégraphique qui traverse le cerrado, une brousse à la végétation très dense, rencontre les Nambikwara dont il rapporte une documentation fournie et 200 photos, puis les Indiens Mundé et Tupi Kawahib dans l’État du Rondônia. De retour en France à la veille de la guerre, il est mobilisé en 1939-1940 se retrouve comme par hasard sur cette ligne Maginot comme agent de liaison, puis est affecté au lycée de Montpellier, après sa révocation en raison des lois raciales. Il quitte la France en 1941 pour se réfugier à New York, alors haut lieu de bouillonnement culturel, où il enseigne à la New School for Social Research. Il est engagé volontaire dans les Forces françaises libres, affecté à la mission scientifique française aux États-Unis où il fonde l’École libre des hautes études de New York, dont il devient le secrétaire général.

Voyage à New York

Lévi-Strauss se distancie de manière croissante de ses contemporains quand au début de l’année 2005, il déclare à la télévision française que ce qu’il constate ce sont les ravages actuels de la disparition effrayante des espèces vivantes, végétales ou animales et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne. Ce n’est pas un monde que j’aime. » L’école française de sociologie s’est fondée sur la définition du social comme « ordre objectif de choses », dont l’étude relèverait d’une explication scientifique spécifique selon laquelle le social constituerait un tout irréductible à la somme des parties qui le composent. Cette proposition théorique implique que l’union des individus produit une totalité supérieure qui agit sur les consciences individuelles à la manière d’une cause extérieure aux volontés personnelles, telle une réalité surplombant les individus. L’anthropologue maintient une position d’extériorité par rapport à l’objet cible de sa recherche, ce qui le conduit à jeter un regard éloigné sur la culture étudiée. Que les faits puissent être définis comme des « choses » implique que la société se présente comme un « tout » supérieur à l’ensemble de ses parties qui constitue une totalité unifiée supérieure aux unités qui la composent. L’ordre social ne constitue pas le prolongement des tendances biologiques humaines. Entre le vital et le social se glisse la représentation du tout, ce qui fait de l’étude du social une analyse du mental et de la sociologie une psychologie de la conscience de groupe capable d’éclairer les causes des phénomènes collectifs.

Sociétés primitives

Les sociétés primitives sont moins des sociétés premières au sens historique du terme qu’au sens logique, car l’état premier des choses qui les caractérise marque le point de départ de toute communauté humaine formant une société. Le passage de l’état de « horde humaine » à l’état de « société primitive s’explique par une « socialisation de l’affectivité », qui constituerait le point où le social s’exprimerait avant toute représentation. Cette thèse tente d’expliquer la transformation des groupes humains en sociétés humaines suivant l’hypothèse que le dépassement de la mentalité primitive signifie l’aboutissement à un stade supérieur de la logique de l’affectivité. Dans l’essai sur le don, Marcel Mauss voit dans l’échange des biens un moyen de résoudre l’antagonisme fondamental, par l’établissement de liens de réciprocité entre les clans qui donnent et ceux qui reçoivent. Belle résolution pour nous tous, au moment joyeux où nous essayons de reprendre des relations interrompues pour des raisons techniques dont je vous prie de nous excuser.