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Précautions sans paralysie

La nouvelle Europe : enjeux de la recherche

Contraintes techniques et morales ?

samedi 21 novembre 2009, par Picospin

N’est-il pas indispensable dans ces conditions de fixer certaines limites à l’enthousiasme des chercheurs, de leur volonté de réussite à un point tel qu’ils s’arrêtent un peu trop vite sur les conséquences de leur fureur prométhéenne de faire progresser un savoir dont l’acquisition bénéficie encore largement de l’indépendance et de la liberté de chercher la vérité où qu’elle se niche.

Trop de restrictions ?

La restriction dans ce domaine ne saurait se trouver que dans les limitations budgétaires et parfois les thématiques souhaitées ou imposées par les gouvernances. La perception des impacts éthiques et sociétaux impliqué par un sujet donné repose sur l’impact de la culture sur la société et sur l’époque au cours de laquelle elle se déroule après que le rapport bénéfice risques eut été sincèrement et honnêtement évalué. Raison de plus pour que ce dernier soit analysé pour les programmes en cours d’exécution comme celui de la fabrication de tissus dermiques par une équipe française, et obtenus à partir de cellules souches afin d’en recouvrir les éléments dermiques les plus lésés après une brûlure ou des traumatismes profonds. Faut-il appliquer la même rigueur aux essais actuels concernant le fonctionnement de l’assistance ventriculaire gauche pour les cœurs défaillants en attente de greffe ou non et pour laquelle on semble s’orienter actuellement pour des perfusions sur le mode continu plutôt que pour le mode pulsé plus fragile, plus compliqué à maintenir et entretenir et plus enclin à casser les globules rouges ? C’est pour toutes ces raisons que l’UE (Union Européenne) a réservé dans son 7è Programme cadre pour la recherche et le développement, toute son attention à l’éthique de la recherche.

Ethique avant tout

Tout projet soumis pour une demande de financement doit contenir un chapitre sur les questions éthiques et les moyens prévus pour y répondre de façon à se conformer aux standards éthiques européens et nationaux. Les objectifs d’une telle insistance sur la nécessité de suivre avec rigueur, honnêteté et précision le programme et le protocole de toute recherche, surtout et d’autant plus qu’elle concerne l’homme tendent à atteindre les standards les plus élevés dans les travaux consacrés à la découverte, à la prospection et à l’investigation et à côtoyer l’excellence dans la compétition mondiale. La précaution avec son principe élaboré depuis de nombreuses années déjà ne constitue pas le frein à la recherche, à l’innovation ou au progrès scientifique que d’aucuns ont soupçonné et vu lors de la propagation de donnée. C’est la conception de Hans Jonas selon laquelle les hommes doivent se faire les gardiens de l’humanité et doivent exiger le risque zéro de conduire à l’apocalypse. Compte tenu de l’incertitude structurelle sur les conséquences lointaines de nos actions, la seule possibilité d’une fin apocalyptique doit suffire pour mettre à l’écart une action soupçonnée : aucune considération de probabilité ou de plausibilité ne doit intervenir ici.

Difficultés du décideur

Cette règle est reprise dans certaines positions selon lesquelles « un décideur" ne se lance dans une action que s’il est certain qu’elle ne comporte aucun risque environnemental ou sanitaire » par exemple. Ce principe qui s’est durci en France a conduit à appliquer partout, sinon trop souvent une précaution « maximale » ou « absolue », tendant vers un « risque absolument minimum »… Certains ont pu en tirer la conclusion que le principe était une règle d’abstention : il fallait tout faire pour éviter le moindre risque. Et même si on peut avoir des réserves justifiées sur les approches "catastrophistes", il faut reconnaître que l’homme a le devenir du monde entre ses mains. Penser cette nouveauté et y trouver une inspiration effective pour la décision politique et économique est une exigence actuelle. La précaution n’est pas une simple technique de prévention des risques. La popularité actuelle du "principe de précaution" a conduit à une certaine confusion, dans la mesure où les autorités l’ont fréquemment invoqué à propos d’actions de « prévention » ordinaire comme on en applique depuis des décennies voire des siècles (telle qu’une quarantaine ou une désinfection), et elles l’ont invoqué à propos d’actions à finalité purement médiatique, dans le but de rassurer la population (par exemple des destructions d’aliments ou l’abattage d’animaux dont on sait qu’ils sont sains, mais que la rumeur médiatique a associé à un risque).

Massacres d’animaux

C’est ainsi qu’on a assisté, désarmé et passif, à l’abattage massif d’animaux accusés de répandre le prion de l’encéphalite spongieuse et que des charniers ont été élevés partout comme offrandes aux dieux avides de chair. Le principe de base qui tranche entre ce qui est acceptable éthiquement ou non serait le respect de la dignité humaine dont la définition reste floue malgré les exemples flagrants avancés par l’histoire au cours de la 2è guerre mondiale qui a vu des expérimentations pratiquées sur des prisonniers promis à l’enfermement dans des chambres à gaz, au bout desquels ils seraient inéluctablement promis et voués à la mort ou, plus rarement à des expérimentations sans qu’aucun renseignement n’ait été fourni aux suppliciés sur la nature des procédures qu’on avait l’intention de réaliser chez eux. C’est pour éviter ces abus, ces forfaits pratiqués sur l’homme inconscient de ce qu’on avait l’intention de lui faire, qu’on a insisté sur la nécessité absolue d’une information claire, loyale et précise, compréhensible même pour des personnes dites incompétentes comme les handicapés psycho-moteurs ou les personnes incapables de comprendre les informations transmises.

Excès et débordements des candidats prométhéens

Pour éviter ces excès et débordements, les comités d’éthique sont chargés d’évaluer chaque projet de recherche en en examinant le projet puis le protocole sous ses aspects technico-scientifique et éthique. Le saut d’obstacle que constitue le franchissement de plusieurs étapes de ces derniers permet de mieux enseigner les chercheurs, de les aguerrir aux confrontations loyales, intelligentes et honnêtes des chercheurs avec les administrations concernées dont les membres acquièrent progressivement les connaissances indispensables au jugement, l’objectivité dans les décisions et l’ouverture d’esprit appropriée à de nouvelles pratiques et de conceptions originales.

Questionnement :

1. Pourquoi l’Europe dans son ensemble cherche-t-elle à renforcer les mesures de prudence et de précaution envers les protocoles de recherche avec une rigueur plus grande que celle de certains pays travaillant isolément ? Est-ce par ce que les enjeux y sont plus importants et plus vastes ?

2. Comme l’Europe est devenu un vaste ensemble et qu’elle comporte un grand nombre de pays ayant participé de près ou de loin aux massacres et holocaustes divers, n’est-elle pas tentée pour se dédouaner de certaines attitudes et comportements culpabilisants de renforcer les mesures de protection des malades soumis à la recherche médicale pour éviter que ne se renouvellent les gestes pratiqués à leur encontre dans les camps de la mort et les chambres à gaz ?

3. Est-ce que le principe de précaution est de nature à paralyser les initiatives de recherche chez l’homme ?

4. N’abuse-t-on pas de ce fameux principe pour protéger les acteurs administratifs sanitaires en cas d’incident, d’accident ou de conséquences défavorables après un essai thérapeutique ?