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Que faire des icônes, des héros et de leurs adorateurs

La civilisation de l’image.

Religion ou paganisme ?

mercredi 5 mai 2010, par Picospin

Ni la nécessité ni l’urgence de ce projet ne s’imposaient à cette époque au risque de sacrifier inutilement des vies qui pouvaient servir à autre chose que de servir de débris à un cosmos qui n’était nullement disposé ou prêt à les accueillir en son sein. On a appris depuis que la tension des responsables, leur manque de sommeil et leur forme physique et mentale précaire les a laissés pantois et sans réaction devant la vision instantanée de la catastrophe qui se déroulait devant leurs yeux.

Sidération

Ce manque de réaction, dit-on, aurait été fatal aux habitants de la capsule qui auraient pu être sauvés si les techniciens au sol avaient eu l’intégralité des réflexes nécessaires à déclencher les mesures d’urgence indispensables pour rectifier les trajectoires et remettre l’engin dans le droit chemin ce qui est évidemment une métaphore. Dans ces circonstances, à l’évidence le chemin ne serait pas droit mais suivrait une courbure dont je laisse aux ingénieurs le soin de parfaire la formule. Nous voilà revenus à l’évocation des idoles, ces substituts des dieux qui parsèment notre vie quotidienne à coups de possessions démesurées, de modélisations caricaturales, gages et signatures de la réussite. Ce terme n’a pas encore reçu jusqu’ici une définition satisfaisante sauf à évoquer la richesse inutile des uns et la pauvreté cinglante des autres sans que personne ne se soucie vraiment d’équilibrer les premiers avec les nécessités élémentaires des autres. L’exemple le plus proche de nous est bien celui offert par Johnny Halliday dont on ne sait toujours pas dans quel pays il s’acquitte de ses impôts et qui bénéficie de l’adoration et de la protection en haut lieu. Plus ou pire, un livre raconte les dessous explosifs des problèmes de santé du chanteur l’an dernier. Dans un livre à paraître cette semaine, deux journalistes dévoilent les coulisses de l’hospitalisation de Johnny Hallyday l’année dernière : officiellement admis pour des tests de routine, le chanteur avait fini son séjour dans un état grave.

L’enterrement de Johnny

Dans "Johnny : les 100 jours où tout a basculé", les journalistes Renaud Revel et Catherine Rambert révèlent que l’Elysée avait organisé l’enterrement de Johnny Hallyday face à la gravité de son état de santé. Le rapatriement du corps du chanteur et une descente de son cercueil sur les Champs Elysées y ont surtout été évoqués ! Ces différentes pistes auraient été envisagées lors de réunions informelles et n’auraient pas été validées par Nicolas Sarkozy. Le livre de Renaud Revel décrypte aussi les différentes hospitalisations du chanteur. En décembre notamment, il quitte l’hôpital Monceau et organise dans la foulée une soirée couscous à son domicile. Comportement d’une idole, fétichisme, dérision… Quels qualificatifs ? Une idole est une représentation d’une divinité qui est objet de culte tout comme la divinité elle-même. La Bible et le Coran réfutent l’adoration des idoles, car ils y voient une adoration d’une représentation de Dieu, représentation qui dénature de leur point de vue la dimension divine de la divinité, en la reléguant au stade de l’objet. De nombreuses fois dans l’histoire des religions, la question des représentations de la divinité s’est posée, ainsi que leur interdiction plus ou moins draconienne. Une « idole » en langage actuel courant désigne une personne qui sert de modèle à une partie de la population, souvent une génération. Cette idole peut être incarnée par une star de cinéma, comme James Dean, Marilyn Monroe ou Brigitte Bardot, une star de la chanson comme Mylène Farmer, Madonna, The Beatles, Johnny Hallyday, Mick Jagger, ou Michael Jackson dont on se souvient encore des scènes de désespoir que sa mort avait provoquée jusqu’au point de la nier ou encore un personnage emblématique d’une lutte politique comme Che Guevara ou des personnages exceptionnels du sport comme Maradona ou Zinedine Zidane en football, le golfeur Tiger Wood ou le basketteur Tony Parker.

Modernité

L’idolâtrie moderne se manifeste par une obsession de tout ce qui touche, de près ou de loin, à la vie de l’idole : Show business, vie publique et privée, œuvres et marchandises diverses liées à l’idole, photos, vidéos, dédicaces, etc. L’idolâtrie peut aller jusqu’à provoquer des scènes d’hystérie collective durant les apparitions de l’idole devant ses fans. L’idolâtrie est un phénomène courant dans beaucoup de pays développés, même au Japon où certains sumos sont vénérés comme de véritables dieux vivants. L’iconoclasme est la destruction de représentations dues à des considérations religieuses ou profanes. La torah met clairement en garde contre toute forme de représentation. "Tu ne te feras point d’idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre." La question théologique de la représentation du divin traverse les trois monothéismes. Tous attribuent la caractéristique de transcendance à la divinité qui le situe au-delà de l’humanité telle qu’on la représente. « Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punit l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fait miséricorde jusqu’à mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements. »

Pas d’images

En formulant l’interdiction de confectionner "des images taillées ni aucune figure de ce qui est en haut dans le ciel, ou de ce qui est en bas sur la terre", la loi de Moïse pose les fondements d’une théologie de l’icône. L’image n’est ni anodine, ni sans conséquence religieuse, car elle est intimement liée à la foi. La tradition chrétienne n’oublie pas cet interdit, mais s’enracine dans la théologie biblique. Les défenseurs des images font remarquer que l’interdit connaît deux exceptions qui concernent le Temple et l’arche d’alliance, fondements rituels de l’attente messianique. Tous les textes expriment une théologie de l’image et du visage riche, complexe et souvent méconnue. Les chefs religieux protestants, Jean Calvin, ont encouragé la destruction des images religieuses dont l’adoration était considérée comme une hérésie païenne. Les objets concernés sont les portraits de saints et de saintes, les statues, les reliques et les retables.

Disparition et retour en fanfare des images

La crise iconoclaste française a lieu lors de la première guerre de religion en 1562 au cours de laquelle, dans les villes prises par les protestants, les édifices religieux ont été systématiquement saccagés comme Saint Martin de Tours, la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans l’abbaye de Jumièges, la cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême, la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay qui sont pillées et mises à sac, suivies en 1566, en Flandres et Pays-Bas par une grave crise iconoclaste, d’inspiration populaire appelé révolte des gueux. Rassurez-vous, les images reviennent au galop, certains protagonistes figurés sur tableaux et fresques cavalant généreusement sur des montures d’un esthétisme parfait qui vous emmèneraient bien loin, au bout du monde et si vous avez de la chance tout près du vidage de Dieu rappelé à notre attention par le philosophe Emmanuel Lévinas, très ou trop attaché à la signification de ce que dit cette partie fondamentale de l’être humain.

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