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L’éthique est-elle innée ou acquise ?

vendredi 21 mai 2010, par Picospin

Une fois de plus, on se décharge sur le capitalisme et les banques américaines de la « vraie responsabilité dans la concentration massive des capitaux dans les banques. » Ce jugement répétitif est suffisamment sévère pour qu’on lui accorde crédit d’autant plus que les assertions du metteur en scène concernent plus loin dans ses déclarations « que les banques ont cessé de jouer le rôle d’établissements financiers pour devenir des moyens d’enrichissement personnel.

Des criminels !

Et d’y aller de se diatribe sur ces « vrais criminels » associés au gouvernement américain qui a largement participé à cette dérive sous la houlette des successeurs de Reagan, suivi de près par Clinton qualifié d’homme bien mais néocapitaliste puis de George Bush, « idiot complet » qui n’aurait jamais de tenter de rectifier les comportements de la société dont il avait la charge. Dans cette énumération de jugements et des qualificatifs, qu’il me soit permis de relever au moins un terme, celui de « qui avait de l’éthique ». Qu’est-ce à dire ? Que c’était un attribut, une qualité intrinsèque comme innée ? Cette origine ab nihilo porte une signification d’emblée orientée vers le désespoir, celui des hommes incapables de se défaire de leur nature égoïste, pour se vautrer définitivement vers leur propre bien être et leur enrichissement sous le regard indifférent des peuples devenus impuissants à agir sur leur comportement en laissant libres les institutions « mécanisées », insensibles au visage de l’autre, qui condamne, de continuer à agir en « vrais criminels ». Vision pessimiste qui fait fi de l’essor de la philosophie morale s’intéressant à des questions d’éthique substantielle vouées à sortir progressivement des analyses méta éthiques des concepts moraux et de leur emploi pour contraindre les philosophes à revenir aux problèmes réels.

Tendances

Cette nouvelle tendance structure l’éthique en branches que sont la bioéthique consacrée à la santé de l’homme et du patient, l’éthique de l’environnement qui s’inquiète de l’avenir de la planète, ou celle de la sexualité dans ses relations avec l’évolution des mœurs. La question exigeante pour une réponse pertinente et urgente est celle des interrogations constantes et itératives qui tiennent en suspens et en angoisse chaque personne confrontée par l’immersion dans sa profession, à des choix engageant ses conceptions sur l’art de la juste prise de décision, par la recherche forcenée et astucieuse des éléments de réponse les plus pertinents. Le souci de traiter en faveur de l’éthique ses applications les plus prégnantes n’est pas née inopinément quelque part dans le nouveau monde à la suite d’on ne sait quelle perturbation de la conscience morale par telle ou telle revendication, tel ultimatum ou telle imploration. Il avait déjà laissé des traces mnésiques chez un Platon à propos du suicide que devait relayer bien plus tard Albert Camus, à propos de la gouvernance – mot apparu depuis – de la Cité, de la guerre juste et de la torture dont on ne dispose actuellement que de trop d’exemples qui « font mal à l’humain ».

Raison pratique

C’est à ces occasions que se dévoilent tous les pans du mur difficile à franchir de la raison pratique dans laquelle sont engagées devoir, vertu, idéalisme dans des sphères aussi différenciées que celles du diagnostic médical et du soin, de la légitimité d’une angoisse pour la préservation de la planète ou de celle de la paix. Le sens de l’éthique est-il inné ou acquis ? C’est définitivement qu’on doit répondre positivement à la seconde proposition. Rien n’est jamais acquis quand nous devons à chaque instant nous adresser à la casuistique, à une nouvelle proposition, à un autre dilemme pour libérer notre conscience, nos formes d’expression et d’agir à la condition expresse de ne jamais empiéter sur l’intolérable, nuire aux autres.

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