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Les politiques font du sport

Compétences

Remise en forme nécessaire

vendredi 16 juillet 2010, par Picospin

Quand je dis nous, je désigne moins les joueurs, acteurs privilégiés – oh combien de cette manifestation pour de raisons financières et des avantages en nature multiples sur lesquelles il n’est pas besoin de revenir – que l’entourage très élargi qui les accompagne dans leur terrible mission de combat contre un ennemi féroce qui casse les jambes, tord les chevilles, raconte n’importe quoi en « conférence de presse », nouvelle arme de combat du football.

Drapeau

Par elle, on hisse le drapeau national, on évoque la musique des hymnes, on invite les supporter, amis, adhérents à soutenir une équipe vacillante qui a besoin de toute l’aide du monde en général et de son peuple en particulier pour franchir les difficiles étapes d’une Coupe du Monde dans laquelle il n’est demandé aux héroïques combattants que de frapper le ballon comme on dit actuellement en France où le terme originel de « shot » a disparu du vocabulaire à mesure que la dépendance des inventeurs de ce jeu mondial s’est relâchée et estompée. Ces pauvres garçons, à la fleur de l’âge, arrosés non d’eau mais de comptes en banque, ont assurément besoin de l’appui inconsidéré des femmes. Elles se sont mobilisées pour venir au secours de leurs filleuls en tant que marraines du régiment. A ceci près que les marraines de guerre d’autrefois savaient ce qui attendait leurs protégés. C’étaient des journées et des nuits d’enfer dans des tranchées trempées par la pluie, parcourues de rats au mieux et de balles ennemies au pire capables de frapper les fronts les plus endurcis et les casques les plus imperméables.

Marraines de guerre

Ces marraines savaient au moins de quoi elles parlaient quand elles accompagnaient à la gare leur fiancé pour ne plus le revoir jamais. Maintenant elles viennent les voir taper dans un ballon qui jamais n’explosera sans connaître les lois de la guerre et pas plus celles du football. Demandez-leur de nous expliquer en quoi consiste un hors jeu et comment on le juge du haut des arbitres vedettes de la FIFA, organisation qui fait parler d’elle plus par les feintes financières et politiques de ses membres au sommet que par leur probité. Au moins y a-t-il une cour des comptes dans notre pays qui ne peut empêcher les dérives que très partiellement. Quelles garanties y a-t-il à la FIFA si ce n’est le son de ses initiales accolées comme celles que chantent les oiseaux un matin de printemps au bord du lac de Zurich plein de promeneurs déguisés en cygnes comme s’il s’agissait d’un ballet exécuté par la symphonie locale ? Pendant ce temps, ces dames, compagnes fixes ou mobiles des héros débarquent sur le continent africain aux frais d’on ne sait quel sponsor pendant que dans les favellas brésiliennes et les banlieues de Liverpool, Manchester ou Paris des enfants partis parfois à l’école ou au sport, le ventre un peu vide avec la moitié d’un ticket de restaurant, expriment leur souffle et, beaucoup moins leurs idées sur les injustices de ce monde d’adultes qui confisquent à leur profit ce qui revient décemment à la jeunesse du pays et qui est léché dans leur assiette comme le fait loup ou tigre affamé ou chien de Bunuel cachectique.

Favellas

Les gens des favellas descendent sur les plages de Copacabana mais les Ministres des Sports n’y montent jamais de peur d’essuyer une rafale de la mafia locale ou de se mélanger à un monde qui n’est pas ou plus le leur. N’est-il pas indécent de lire dans notre presse tricolore les phrases suivantes décrivant la compétence des « autorités de tutelle » ? « Je suis au regret de vous démentir : ils auront 340 000 euros s’ils sont en finale. » Suit un balbutiement embarrassé de la ministre : « Vvvh… mmmh… Effectivement, c’est déjà pas mal. » « En fait, la ministre est totalement à côté de la plaque. Car non content de toucher des primes en cas de victoire ou de finale, les Bleus en toucheront aussi s’ils s’arrêtent à un stade plus précoce de la compétition. Et si leur traitement diffère de plusieurs grosses équipes (les Espagnols ou les Allemands par exemple), c’est -au contraire de ce que dit Roselyne Bachelot- parce qu’il suffira aux Bleus de se qualifier pour les huitièmes de finale (même s’ils perdent à ce stade) pour s’assurer d’une prime.

Cafés du commerce en surnombre

Celle-ci serait alors, selon l’Équipe, de 70 000 euros par joueur. S’ils devaient accéder au quart de finale, les Bleus engrangeraient chacun 70 000 euros de plus (140 000 euros au total). Demi-finaliste, ils toucheraient 100 000 euros de plus (donc un total de 240 000 euros). Et si la France allait en finale ou jusqu’au titre, l’ardoise pour la fédé se monterait donc respectivement à 340 000 et 390 000 euros par tête de pipe. La ministre de tutelle, en dépit de son ton assuré, n’a pas dû suivre les négociations. Au final, entre la baston Rama Yade-Roselyne Bachelot sur l’indécence (ou pas) de l’hébergement des Bleus et les divagations de cette dernière sur les primes de match, la Coupe du monde, versant politique, débute sous le signe du café du commerce. Est-il nécessaire de faire des centaines de km en avion pour débiter de telles inepties, « dignes du café du commerce » ?

Questionnement éthique :

1. Quand un politicien ou une politicienne évoque la nécessité de revenir aux bases de la démocratie, que cherche-t-il à expliquer ? Des lois ou des décisions pour le bien de la société ou des notions de justice ?

2. Les valeurs de base sont-elles celles de la famille, celles d’une vie civilisée, celles qui peuvent évoluer ?

3. Quelles sont les préoccupations des individus ou collectivités qui s’intéressent à la vie politique ?

4. La liberté, la justice, l’égalité, les relations entre état et individu, la nature de l’autorité, le rôle du pouvoir, les droits de l’homme ?