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Les bébés ont-ils une morale ?

Comment la morale vient aux enfants

Quelle éthique attendre des jeunes ?

mercredi 12 mai 2010, par Picospin

L’expérience se limite en ca cas à explorer les interactions sociétales beaucoup plus que leur comportement moral. Si vous leur avez montré auparavant une séquence animée ils se rendent compte que celui qui aide est un ami, alors que l’autre est un sale individu.

Les bons et les mauvais garçons

Dans une autre expérience, les représentations de symboles sont les mêmes avec la présentation de deux signes dont l’un représente celui qui aide à faire grimper la balle alors que l’autre s’y oppose. Aucun calcul statistique n’était nécessaire pour évaluer l’attitude des jeunes dans la mesure où la quasi totalité des bébés ont facilement donné leur préférence au « bon gars » celui qui aide à monter la balle par rapport à celui qui empêche cet acte de s’accomplir. Pour éviter d’introduire un biais dans l’expérience, comme celui d’une préférence pour une couleur ou une autre comme le vert ou le rouge, on a naturellement inversé les couleurs ce qui n’a changé en rien le résultat de l’expérience. Fallait-il encore distinguer entre ce qui attirait les enfants et ce qui les repoussait. La réponse était parfaitement claire. Ils préfèrent celui qui aide, et à la rigueur celui qui reste neutre devant l’événement à celui qui empêche l’action de se dérouler. Il s’agissait ensuite de répondre à la question de savoir si les acteurs préfèrent le bon personnage au mauvais.

Des réactions

La réponse ou la réaction est passionnante car les bébés votent pour l’aspect des relations entre les deux individus représentés dans le jeu. Ils donnent leur préférence à celui qui aide l’autre à réaliser ses objectifs et non à celui qui les empêche de s’accomplir. Quand on présente cette situation à des enfants plus âgés, la réponse est sans ambiguïté : celui qui aide est réputé bon et celui qui empêche ou gêne est considéré comme mauvais. Pour aller plus loin et pour sortir de l’alternative bon ou mauvais, et pour étudier comment est apprécié et évalué la justice ou la récompense à l’acte bon et la punition au mauvais, on a donné aux premiers et retiré aux mauvais ce qui a été confirmé par les actes des enfants qui n’ont pas hésité à récompenser les bons et à punir les mauvais. On continue à explorer la qualité du jugement en se demandant quel est l’individu que l’on préfère : celui qui rend la justice correctement ou celui qui se trompe et fait le contraire de ce qu’il est juste d’accomplir : récompenser le bon et punir le mauvais.

Questionnement éthique :

Ils préfèrent les bons et les justes

Sans ambages, les bébés ont préféré ceux qui sont justes à ceux qui ne l’étaient pas. Dans la continuité de l’expérience, ils ont accordé leur préférence à ceux qui punissent le mauvais comportement malgré leur évidente préférence pour les bonnes attitudes. Ces expériences ne signifient nullement que les enfants possèdent des notions morales élaborées. Par contre, ils réagissent avec leurs tripes de façon parfaitement émotionnelle en applaudissant ou en présentant un visage triste quand ils n’apprécient pas le comportement de leurs modèles. Ce comportement ne diffère guère du notre car nous aussi, en tant qu’adultes, nous mettons une grande part de sympathie et d’affectivité dans nos jugements. Que nous apprennent ces comportements chez l’enfant ? D’après Darwin et Russell Wallace, certaines facultés humaines y compris des caractéristiques de moralité semblent plus riches que ce que l’on serait en droit d’attendre de l’humain s’il ne s’agissait que de l’application de la simple et seule application de l’évolution de la biologie. Ils en conclurent qu’il devait y avoir l’intervention de quelque force divine pour expliquer ces comportements.

Bonté et grande générosité

Certains auteurs se sont emparés de l’argument d’une ligne claire de séparation entre la bonté issue de la génétique et « le haut altruisme » qui ressortirait à une bonté ou gentillesse désintéressée. C’est alors qu’une frontière est franchie qui fait intervenir « la voix de Dieu dans nos âmes ». La question reste en discussion. Prétendre qu’un caractère biologique évolue dans une certaine direction ne signifie pas qu’il va fonctionner constamment dans la même direction. Il est parfaitement possible de supposer que notre impulsion à aider les autres dérive ou aboutit à un certain bénéfice en faveur de la reproduction ce qui peut de la même manière se produire lorsqu’on cède sa place à une vieille dame dans un bus. Beaucoup d’entre nous s’occupent et prennent soin de personnes fort éloignées de nous par la géographie, l’habitat ou l’histoire à un point tel que nous sommes capables de nous passer de plaisirs et d’avantages concernant des richesses que nous abandonnons volontiers à d’autres que nous et même des gens qui font partie de nos relations, de nos amitiés et de nos compagnons. Nous possédons des notions abstraites sur la moralité, particulièrement celle liée à la liberté ou à l’égalité. Souvent quelques-unes de nos actions ne correspondent guère à nos principes moraux. Pourtant ceux-ci construisent notre monde, celui dans lequel nous vivons. Dans ces conditions, il n’est pas extraordinaire de s’étonner de la qualité de nos valeurs morales et de rejeter l’hypothèse qu’elles puissent seulement s’expliquer par l’intervention de l’évolution.

Créationnisme ou évolution ?

Si, en effet, on peut trouver chez les nouveaux-nés des signes évidents d’une moralité élevée et des stigmates d’altruisme, la thèse d’une création divine ne saurait être rejetée totalement. Mais ce n’est pas le cas. Ces valeurs ne se retrouvent pas chez les bébés. Leurs préférences vont plutôt aux visages ressemblant à leur propre ethnie, au gout de leurs camarades avec lesquels ils partagent les repas, les gouts et la langue. Ceux qui émigrent vers d’autres groupes, préfèrent de loin les attitudes, les comportements et les actions qui ressemblent le plus aux leurs. Quand on justifie ses actes seulement en arguant du fait que c’est ma préférence, parce que c’est ainsi que je le veux, cette posture n’est que celle de l’égoïsme. Les autres expressions comme c’est mon tour, c’est ainsi que je partage nos idées sont fondamentalement morales car elles impliquent qu’on peut grâce à eux convaincre tout témoin impartial d’autant plus qu’elles constituent les bases de la justice et de la loi.

Justice selon Rawls

La notion d’impartialité est commune à nombre de philosophies depuis le christianisme, l’enseignement de Confucius jusqu’à celui de John Rawls dans sa théorie de la Justice. Ce sont là des signes qui débordent de loin les communautés des êtres intelligents qui délibèrent et négocient. La moralité que nous apprécions par son universalisme et ses généralités est le produit de la culture plus que de la biologie, sans qu’il soit besoin de se référer à une intervention divine pour cela. Le biologiste Richard Dawkin n’avait pas tort d’affirmer que si vous voulez construire une société dans laquelle les individus collaborent généreusement sans égard pour leur propre égoïsme, mais pour le bien commun, n’attendez guère d’aide de la part de la nature dans sa signification biologique. Ou un autre qui n’a pas craint de proclamer qu’il n’est guère étonnant que les gens soient aussi horribles quand ils commencent leur vie en étant des enfants. La morale s’avère donc être une synthèse du biologique, du culturel, des découvertes et des inventions. Même si nous sommes intelligents et doués, si nous ne commençons pas notre existence en nous servant de cet appareillage nous ne serions que des agents amoraux, dirigés sans relâche vers notre égoïsme. Comme les enfants n’ont que des capacités fort limitées, il nous appartient de constituer notre morale tournée vers les autres sur une base universelle, caractéristique qui n’appartient qu’à notre espèce.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que faire le bien ne se résume qu’à un objet de préférences ?

2. Faut-il toujours une volonté bonne selon Kant pour faire exister le bien ?

3. Est-ce que le bonheur ne saurait être réalisé qu’à la condition d’être accompagné par celui des autres selon la définition d’Aristote et à un degré moindre et différent de celle d’Épicure ?

4. Est-il vrai que si les groupes humains n’avaient pas accordé à la morale l’importance qu’elle a maintenant, ils n’auraient pas connu le succès reproductif qui est le leur ?

5. Est-ce que certains comportements aux limites de l’odieux de la part de certains enfants peuvent expliquer les difficultés des enseignants et éducateurs dans certaines classes ou écoles ?

6. Est-ce que la morale est un apprentissage nécessaire à tous les êtres humains qui en possèdent les prémisses mais doivent les développer par l’éducation, la réflexion, la confrontation à leur milieu et à celui des autres ?