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Comment l’adapter aux besoins de la société ?

Cohérence de l’éducation

Comment la rendre plus égalitaire ?

samedi 15 mai 2010, par Picospin

Si tout le monde est d’accord pour estimer que des choses doivent bouger selon une formule de plus en plus souvent répétée à propos de tout et de rien peu présentent un plan cohérent pour faire évaluer de façon logique un système venant à épuisement après des siècles de réformes craintives, d’adoration des images figées d’éducateurs et enseignants célèbres qu’on ne saurait déboulonner de leurs stèles sous peine de crime de lèse-majesté.

Liberté ou contrainte

Sans doute convient-il de ne pas oublier qu’enseigner ne signifie nullement contraindre ni exercer des pressions mais guider et conduire hors des sentiers battus, des conversations de cafés du commerce, des lieux communs pour libérer l’enseigné des contraintes imposées par une tradition trop pesante, une rigueur écrasante, une domination trop lourde sinon l’imposition de doctrines incompatibles avec une certains conception de la liberté de pensée. L’éducation est l’action de développer un ensemble de connaissances et de valeurs morales, physiques, intellectuelles, scientifiques... considérées comme essentielles pour atteindre le niveau de culture souhaitée. Elle permet de transmettre d’une génération à l’autre la culture nécessaire au développement de la personnalité et à l’intégration sociale de l’individu. Encore faut-il qu’un équilibre soit atteint dans cette mission entre le risque d’écraser l’individu et de surdévelopper son ego pour éviter l’écueil d’une intégration difficile sinon impossible dans la société.

Bases familiales

C’est pour ces raisons que l’éducation de l’enfant et de l’adolescent repose sur la famille, l’école, la société, mais aussi sur une formation personnelle glanée au hasard ou au choix des gouts, des attirances artistiques et intellectuelles, des lectures et informations recueillies au fur et à mesure de l’évolution du monde, de la société, des sciences, sinon de la littérature ou de la philosophie. Les enquêtes les plus récentes font apparaître chez les enfants soumis – le mot est employé à dessein – au type d’enseignement imposé par l’éducation nationale une insupportable pression exercée par le milieu ambiant sur la qualité, la sérénité indispensable, le détachement nécessaire à l’acquisition de connaissances et surtout de la manière de les utiliser et de les « métaboliser » par des parents qui se considèrent comme entièrement responsables et éventuellement coupables des échecs plus que des succès, des faillites plus que la réussite de leurs enfants. Les parents, surtout ceux qui se considèrent comme particulièrement bons et d’autant plus habilités à se charger de l’éducation de leurs enfants, soudés aux enseignants par une alliance sans arche, utilisent trop souvent le diktat de la comparaison trop souvent répété en littérature entre un Racine qui aurait laissé une bride trop lâche à la volonté personnelle et à la passion face à un Corneille rêvant d’un homme parfait, sorte de Golem sculpté par une main divine toujours prisonnière de la tâche suprême de fabriquer la sainteté, la vertu, la splendeur sinon un peu plus.

Racine, Corneille et la Golem

C’est la raison pour laquelle un philosophe en éthique, comme Alain Renaut propose (Le Monde) de « partir des étudiants tels qu’ils sont, pas d’un élève ou d’un étudiant rêvé par les degrés les plus élevés du système éducatif ». Fabriquer des enfants, des élèves, des étudiants tremblants de peur devant les enseignants et au-delà, des connaissances et de devant l’évaluation de leur propre niveau ne saurait consister en une forme d’enseignement libre, éclairée, consentante, surtout enrichissante et épanouissante. Ne pas fabriquer du plaisir à l’école est de l’ordre des errements susceptibles de faire couler à pic toute velléité ou plan éducatif. Aller à l’école – a fortiori s’il s’agit de celle de la République bâtie sous les auspices et les enseignes de la liberté – la peur au ventre, le stress généralisé, le cœur battant, l’asphyxie au bord de la respiration c’est vouloir délibérément chasser les candidats à la culture, avides de s’offrir au plaisir des connaissances, du nouveau, du surprenant, de l’inattendu et de pouvoir en explorer librement, avec lenteur et délibération les voies d’accès et de cheminement. Il prône l’entrée dans le savoir par les exemples concrets et l’expérience, plutôt que par les connaissances abstraites acceptées sans aucune critique. Il se refuse d’être en guide spirituel, un maître à penser ; il n’a pas de philosophie à faire prévaloir, se considérant seulement en compagnon de celui qui entame une quête d’identité.

Les "accompagnants"

C’est la version ancienne de l’accompagnant qu’on retrouve de nos jours auprès des mourants dans le domaine des soins palliatifs où il vaut mieux être présent et parler que prescrire et forcer. La liberté de penser ne se pose pas en modèle, ni en mètre étalon, elle offre seulement aux hommes la possibilité de faire émerger en lui cette liberté, le pouvoir de penser et de s’assumer jusqu’à la liberté ultime : philosopher c’est apprendre à mourir. Rien de la communication entre enseignant et enseigné ne peut se faire sans la relation, âme de l’éducation, comme l’a écrit Martin Buber. « Cet instinct est le désir ardent que le monde devienne une personne qui nous soit présente, qui vienne à nous comme nous à elle, qui fasse choix de nous et nous reconnaisse tout comme nous le faisons. L’enfant, couché, les yeux mi-clos, qui, l’âme étendue, attend que sa mère lui parle : le mystère de sa volonté n’est pas de profiter d’une personne ou de la dominer …au regard de la nuit solitaire qui se déploie derrière la fenêtre et menace de faire irruption, il aspire à faire l’expérience de la relation. » Un simple coup de téléphone de la part d’une maman à son enfant supplée largement une longue conversation ou une série de baisers.

Un sacré produit

Il suffit à déclencher la sécrétion d’ocytocine qui diminue l’agressivité, augmente la sociabilité et l’appétit, renforce le comportement maternel et l’état de confiance vis-à-vis autrui. L’être humain est tout à la fois cet édifice où se construit l’autonomie de la pensée, des régulations, des adaptations aux conditions de l’environnement et aux relations avec l’autre, figure parfois rébarbative et hostile ou accueillante et rassurante. C’est bien cette dernière qu’il faut présenter à l’apprenant sous peine de le voir passer dans le camp de l’hostilité, de la révolte, sinon de l’agression et de la violence.

Questionnement éthique :

1. Comment traiter le problème de la connaissance en fonction des questions posées par Montaigne (que sais-je ?) et celles de Kant (Que puis-je savoir, comment et à quelles conditions ?) qui supposent les unes et les autres d’une vérité possible ?

2. Dans quelle mesure les intermédiaires dont nous avons besoin pour entrer en relation avec la connaissance et au-delà avec la vérité déforment-ils la perception et le pensée ?

3. Comment pouvons-nous approcher de la vérité si les connaissances disponibles sont encore et toujours insuffisantes ? Certes, la connaissance est relative mais le progrès permet de la corriger sans cesse, de l’affiner et de la rapprocher de la représentation de la vérité.

4. Est-ce que toute vérité est scientifique ? Non. Expérience et perception sont déjà un savoir mais toute vérité n’est pas scientifique car il reste des théories dites scientifiques dont on découvrira un jour qu’elles ne sont pas vraies.