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A qui appartient la conscience ?

mardi 6 juillet 2010, par Picospin

Il y a toujours des connaissances " sous " une compétence, mais elles ne suffisent pas. Une compétence est quelque chose que l’on sait faire. Mais ce n’est pas un simple savoir-faire, un " savoir-y-faire ", une habileté. C’est une capacité stratégique, indispensable dans les situations complexes.

Compétence et connaissances

La compétence ne se réduit jamais à des connaissances procédurales codifiées et apprises comme des règles, même si elle s’en sert lorsque c’est pertinent. Juger de la pertinence de la règle fait partie de la compétence. Valoriser les compétences n’est pas tourner le dos à d’autres justifications des savoirs. C’est en revanche se demander pourquoi on enseigne telles ou telles connaissances, lesquelles on enseigne parce qu’elles sont intéressantes et gratuites, lesquelles se justifient autrement. Il y a place pour différents types de savoirs dans l’école, mais pas pour ceux qu’on enseigne sans dire pourquoi, par pure tradition ou pour répondre aux attentes des lobbies disciplinaires. Que vont faire les autorités pour manipuler cette notion qui aurait très bien pu s’appliquer à des ministres en désarroi par manque étendu de connaissances et de compétences. C’est à carrefour que se situe la discussion sur les compétences si précieuses pour réclamer, solliciter et obtenir la notoriété dans le domaine de la profession, surtout lorsqu’il s’agit d’une spécialité qui engage la pensée, la réflexion, l’imagination, le savoir et la maitrise de ce dernier en toutes circonstances. Ces dernières peuvent varier selon les fonctions exercées, les cibles visées, les secteurs les plus pointus analysés. Ce qui est exigé, c’est essentiellement une adaptation immédiate, rapide, instantanée au type de réaction nécessaire à une conduite appropriée des réponses fournies à des questions spécifiques. Là où le domaine des compétences élargies risque de s’embourber, voire de se prendre les pieds dans le tapis, fut-il persan, c’est lorsqu’est posée la problématique du contrôle des consciences, telle que libellée dans la liste des dix compétences que doit avoir acquis l’enseignant lors de sa formation.

Much ado about nothing

A l’époque, elle n’avait alors pas fait de bruit car elle ne faisait pas encore l’objet d’une épreuve aux concours de recrutement. « Les candidats aux concours du Capes ou de l’agrégation devront désormais subir une épreuve orale visant à évaluer leur « compétence à agir en fonctionnaire de l’Etat et de façon éthique et responsable ». Tout le monde ne l’a pas entendu de cette oreille, pensant que les commandements ainsi rapportés non du mont Sinaï mais du monticule élyséen de Paris présentaient plus d’inconvénients que d’avantages et qu’on ne saurait demander à chaque enseignant de posséder des notions sur toutes choses morales qui ne relèvent pas, pas encore ou jamais des frais émoulus des grandes écoles, fleuron de la France et porte-drapeaux de l’éducation de cette nation si fière et si orgueilleuse de son passé et de ses méthodes de formation des jeunes. Ayant suscité la polémique, la demande mal satisfaite par des étudiants récalcitrants n’a pas tardé à susciter une certains réticence liée au malaise engendré par l’introduction de la notion de morale dans la conduite des affaires, des lois, de règlements dans un pays issu de la double culture antithétique entre religion catholique et comportement

}Capital cognitif

L’introduction du terme de « capital cognitif » n’a fait qu’irriter les oreilles, l’hippocampe et les circonvolutions frontales des candidats et futurs agents responsables de l’état sans doute aussi en raison de la connotation ambiguë, sinon dangereuse du mot capital comme s’il s’agissait d’un terme antirépublicain dans un pays qui tire sa gloire de se situer dans son contraire. La « modélisation des comportements » est l’un des instruments de transformation de l’homme dit moderne chez un « homme sans qualités » qui ne doit être par lui-même ni rien ni personne, n’avoir ni qualités, ni affinités électives, ni aptitudes, ni sens moral propres, mais candidat à « apprendre à être », à faire et à oublier pour mieux apprendre, afin d’être en permanence adaptable à une société présentée comme un horizon indépassable. La résistance est devenue opposition ce qui n’aurait pas du déplaire aux héritiers affirmés du gaullisme qui reste toujours présent à l’image des Français surtout aux moments où sont mises en cause leurs nécessaires obéissances aux inventions parfois saugrenues de tous ceux qui postulent à imposer les leurs surtout celles restant entachées d’un parfum et d’une coloration imposée sinon imposable. « 

Évaluations

Parce que nous sommes profondément contre un système d’évaluation qui étouffe la capacité de chacun, qu’il soit professeur ou élève, fonctionnaire ou non, à s’autodéterminer dans son action et qui, sous prétexte d’évaluer efficacement ses compétences à agir efficacement, le dépossède en réalité de ses compétences concrètes » affirment ces opposants « indépendantistes » qui préfèrent garder leur propre domaine de compétence, même limité plutôt que d’adopter celui, plus étalé mais moins maitrisé venant d’en haut ou de trop haut. Pour travailler par compétences, il faut alléger les connaissances scolaires, mais tout, dans les programmes, n’est pas de l’ordre de la culture générale indispensable. Les programmes scolaires sont calqués sur les attentes des filières les plus exigeantes du cycle d’études beaucoup plus que sur une vision large de la culture générale. Il s’agit de renforcer les compétences, dans les champs où les connaissances ont pris toute la place et en laissent peu à leur mise en œuvre. On ne peut aller dans le sens des compétences, sans travailler sur des situations complexes.

Complexités

Le professeur est invité à perdre de son aisance, voire de son arrogance à exposer des connaissances, pour s’aventurer dans un domaine où il devient plus formateur qu’enseignant, plus organisateur de situations que dispensateur de savoirs. S’il faut armer le regard des enseignants, c’est pour qu’ils sachent observer les compétences mises en œuvre. Pour cela, ils doivent disposer d’un certain nombre d’outils conceptuels, de modèles théoriques de l’apprentissage ancrés dans la didactique des disciplines en cause aussi bien que de concepts comme les erreurs, les modes cognitifs, les obstacles à l’explicitation ou à la métacognition. Il ne s’agit moins de listes d’items que d’une grille de lecture des observables, dans la tête de l’enseignant qu’on espère et souhaite bien faite que trop pleine. Internet y veillera.

Bonnes vacances pour réfléchir !!!

Chers lecteurs et internautes, vous disposez maintenant de plusieurs semaines pour affuter vos réflexions et propos avant de les soumettre à votre conscience, ce bien si précieux, parfois plus pernicieux que pertinent et que les pouvoirs souhaitent ou imposent de réguler, d’ordonner plutôt que d’adapter aux circonstances. N’est-ce pas un avertissement aux personnalités qui viennent de s’exposer aux critiques dans le domaine du sport, des conflits d’intérêt, des logements voire des finances ?

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